La respiration : la clé de voûte de la vie

LUNIA

Article publié dans le magazine BioVif 2020 n° 6.

La respiration est le synonyme de la vie, c’est le premier besoin vital de l’homme, avant de boire et de manger.

Dès la naissance, le souffle agit sur les cordes vocales et l’enfant exprime son arrivée dans le monde par le cri. Crier, c’est affirmer sa présence vocalement : je suis là !

Le bébé, et nous avons tous été un bébé, respire sans entrave. Son ventre n’est pas emprisonné à la taille dans un corset : il se gonfle et se dégonfle librement. La sangle abdominale, le muscle situé en bas du ventre, telle une pompe, se contracte et envoie un flux d’air en activant le diaphragme, un autre muscle séparant la cage thoracique de l’abdomen. Par ses mouvements harmonieux, le diaphragme effectue un léger massage des organes de l’abdomen… La mâchoire, libre de toutes contractions, relâchée, permet une respiration aisée et profonde. Le bébé s’endort paisiblement et sa respiration libre et profonde lui apporte les bienfaits suivants :

– une meilleure oxygénation de l’organisme, du cerveau et du cœur. Plus tard, lorsqu’il sera adulte, elle améliorera sa concentration.

– un supplément de calme qui, chez l’adulte, se traduira par un sentiment d’assurance et de confiance en soi, particulièrement propice et efficace chez les bègues et les personnes timides.

– un renforcement des muscles de la sangle abdominale

– une activation de la circulation sanguine

une augmentation du métabolisme

– une amélioration de la digestion

Hélas, bébé grandira et devra apprendre à faire attention : à ne pas tomber, à ne pas se brûler… Petit à petit, dans son éducation s’introduiront des mots d’interdiction et d’obligation : « Tu ne peux pas »,« Tu dois », « Tu ne peux pasquitter la table avant de terminer le repas », « Tu dois écouter madame à l’école », « Tu dois étudier ».

La liste des interdictions et des obligations ne cessera de s’allonger. Plus tard, il les répétera, comme un mantra, à haute voix ou dans sa tête : « Je dois travailler », « Je dois gagner ma vie », « Je dois payer mes impôts, mon loyer, mon hypothèque », « Je dois subvenir aux besoins de ma famille », « Je dois, je ne peux pas, il faut que je fasse », « Je n’ai pas le temps ».

Les interdictions et obligations de toutes sortes nous accompagnent depuis notre plus tendre enfance et leur quantité, hélas, ne diminue jamais !

Il ne s’agit pas d’une discussion sur le comportement au sein de la société ni de devoirs civils d’un être humain, mais d’un rapport personnel, individuel et subjectif face aux interdictions et aux obligations.

C’est ainsi que les interdictions et les obligations trouvent leur expression dans la mâchoire qui se durcit petit à petit, souvent accompagnée de colère, et sans qu’on s’en rende compte. Ainsi, ce qui n’est pas naturel devient, petit à petit, « naturel ». J’observe cela pendant mes cours de chant.

La mâchoire est donc l’expression de nos retenues.

Elle est le premier élément important dans la respiration. Si la mâchoire est contractée, les muscles du cou et de la gorge sont aussi serrés. Les cordes vocales sont rapprochées et pincées. Seule une petite quantité d’air peut entrer et alimenter la cage thoracique.

Le deuxième élément entravant la bonne respiration est le blocage du diaphragme et de la sangle abdominale causé par de la vie sédentaire. Selon moi, il ne s’agit pas ici d’être inscrit toute sa vie sous la même adresse, mais bien de passer sa vie entière sur une chaise ! Sur les bancs scolaires environ 12 ans ou plus et puis au bureau durant 40 ans, sans compter les nombreuses heures devant la télévision et l’ordinateur.

En position assise, le dos est souvent voûté. Alors que la cage thoracique s’affaisse et appuie sur le diaphragme d’un côté, les organes du ventre compressent celui-ci de l’autre côté, ce qui l’immobilise entièrement ou partiellement. Dans cette position, la respiration est « superficielle », peu profonde et engage seulement la partie supérieure de la cage thoracique. Le cerveau reçoit peu d’oxygène. Même 10 cafés par jour, un bon chocolat et du soda ne suffiront pas à stimuler la concentration ni à effacer les pensées confuses…

La nature invoque ses droits : le cerveau a d’abord besoin d’oxygène.

La vie ressemble à une montagne russe.

Cette énorme construction en acier, un enchevêtrement de rails formant une montagne, est parcourue à une allure vertigineuse par de petits wagons. Assis et bien attachés, nous y perdons toute maîtrise de la vitesse et les images défilant devant nos yeux n’ont plus ni forme ni couleur. Nous y montons pour chercher des sensations fortes, mais à une seule condition : avoir la certitude que cette absence de contrôle de la réalité s’arrêtera à un moment donné. 

             On parle de plus en plus souvent de la vitesse exponentielle de la vie, renforcée par la pression, le stress et la tension… Cette « montagne russe » de tous les jours ne s’arrête jamais. Nous ne la maîtrisons pas et nous n’avons aucune certitude qu’elle s’arrêtera un jour. Tôt ou tard, ce manque de maîtrise de la vitesse se manifestera par des maux de tête fréquents, des migraines, une fatigue chronique, de la confusion, un manque de concentration, de l’absentéisme, une dépression, un épuisement professionnel. Hélas, souvent l’être humain trouve alors un refuge dans l’arrogance, la vulgarité, ou, au contraire, dans le mutisme.

Il y a bien des méthodes de relaxation physique, mentale et même la stimulation créative proposée pour surmonter les difficultés liées à la vitesse de la vie au XXIe siècle, et elles sont toutes valables. À mon sens, la respiration profonde consciente devrait être la base de toutes les méthodes de relaxation. Il s’agit de cette respiration que chaque être enclenche durant son sommeil profond. La conscience endormie, la mâchoire et l’abdomen, libres de toutes les contraintes, permettent un flux d’air aisé ainsi que l’oxygénation abondante du cerveau. Nous nous réveillons reposés, calmes, confiants ; après une bonne nuit de sommeil, notre santé s’améliore…  

La respiration et la voix sont sœurs jumelles.

Elles apparaissent presque en même temps dans la vie de l’homme et s’éteignent ensemble avec le dernier souffle.

Je respire donc je vis, je vis donc je respire, je ne m’occupe donc pas de ce qui m’est donné naturellement. Et pourtant, la voix est notre carte de visite : elle reflète notre joie, notre tristesse, notre colère, mais aussi notre vécu. De grands chocs peuvent étouffer la voix, l’affaiblir, la rendre rauque, entravant l’expression et la communication avec le monde environnant. Ils peuvent même changer la qualité de notre vie. On a perdu sa voix : au sein de la famille, de la société, le « droit au chapitre », on a peut-être perdu sa voie dans la vie ? Les cours de chant et de pose de la voix conduisent à une ouverture vers soi, à l’expression des émotions et aident à vaincre la timidité.

Le chant est l’expression de ce que nous ne pouvons pas communiquer par la parole.

Information cruciale pour les bègues : le chant ne soigne pas le bégaiement. Toutefois, la respiration profonde, consciente, procure le calme, et renforce la confiance en soi. Cette respiration forme « un coussin d’air » rassurant permettant de maîtriser et de moduler la voix. Dans la technique vocale, on respire d’abord, puis on chante. Pourquoi ne pas adopter le même principe lorsque l’on parle ? 

Comme dit précédemment, la respiration est le premier besoin vital de l’homme avant de boire et de manger, mais c’est des biens matériaux et de l’argent dont l’homme se préoccupe le plus. Certes, il faut de l’argent pour vivre, pour assurer la qualité de la vie, mais à quoi bon s’occuper de l’argent et même de la nourriture si on ne respire plus ?

Le sujet du climat, de la pollution, de la préservation des forêts est à la une de l’actualité depuis longtemps. De nombreuses actions et des changements sont proposés et certains sont même réalisés… Mais ceux qui polluent le plus ne bougent pas ou très peu, hélas. Dans le meilleur cas, ils font des promesses, réalisables dans dix ou vingt ans…

En attendant, devons-nous vivre en apnée ? À quoi bon des changements prévus dans dix ans si nous allons mourir asphyxiés avant ?

On parle de la découverte des mammouths et de l’herbe fraîche non digérée et présente dans leurs tubes digestifs, ce qui laisse supposer que le basculement climatique a dû se faire subitement, en un instant ! La nature avait-elle prévenu la vie sur Terre de ce qu’elle allait faire ? On parle aujourd’hui de ce basculement instantané du climat. Dirigeants, aurez-vous le temps de gagner la lune ou l’une ou l’autre cité spatiale avant d’être asphyxiés sur la Terre ?

Il est urgent de préserver notre air, pur, propre et sain. Maintenant et pas dans vingt ans ! Cette urgence, tant qu’elle n’émane pas de notre intérieur comme un besoin vital, demeurera un slogan.

        C’est pourquoi il est impératif que chacun prenne soin de sa propre respiration profonde au quotidien. Respirer autant que possible profondément pendant la journée apporte de l’oxygène au cerveau et rend notre esprit plus lucide.

Le cerveau, habitué à l’abondance d’oxygène, va nous le réclamer non seulement en quantité, mais aussi en qualité. D’où l’intérêt de promenades en forêt ou à la mer.

Le besoin de bien respirer, de respirer l’air pur émanera donc de notre intérieur, comme le besoin de boire ou de manger, et ne présentera ni une obligation, ni une conviction, ni un mode à suivre.

Commençons alors par nous-mêmes. La respiration profonde consciente et la préservation de la nature et de l’air pur deviendront un besoin vital de tous les humains.

Quand l‘information nous vient de l’extérieur, elle n’est qu’un slogan. Quand elle émane de notre intérieur, elle devient une conviction !

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